BROUHAHA – Paul Heintz

Pour Brouhaha première exposition de la saison Et, toujours, ils tiennent le monde, de la galerie du Granit, scène nationale – Belfort, en collaboration avec Mickaël Roy, commissaire associé, nous présentons un ensemble d’œuvres de Paul Heintz pour certaines réalisées en collaborations.

« Sosies de chanteurs, blagueurs pathologiques s’entraidant pour guérir, travailleurs œuvrant pour de vrai dans de fausses entreprises : le terrain d’action de Paul Heintz est un étrange ensemble de cas où le réel est largement imprégné de fiction, et où la normativité sociale pèse en même temps de tout son poids. Il y a une toxicité propre à l’imagination et à la fiction lorsqu’elles allient leur agrément à la norme sociale, comme c’est le cas par exemple avec le storytelling. De là, Paul Heintz entre dans la logique de la fiction, la poursuit plus loin, et fait entrer par cette prolongation un courant d’air salvateur. »

(Emmanuelle Pireyre, texte dans le cadre du 60ème Salon de Montrouge)

Dès l’entrée du Granit nous sommes accueillis part un banc et une vitre bleu. Il y a est une pièce sonore en installation conçue en collaboration avec Marianne Villière et Sébastien Trihan. Il y a prend pour base le « fil d’actualité » des réseaux sociaux (communément appelé « mur d’actualité »). Les artistes ont invité le 19 mai 2017, au carrefour Mabillon à Paris, un certain nombre de personnes à décrire à l’oral le contenu des informations qu’elles reçoivent sur leur « fil d’actualité » du réseau social Facebook. Ils ont souhaité enregistrer cette large description sonore afin de la mettre en forme : une édition rotulus (25×1100 cm présente sur une table dans la galerie) et une installation sonore (20 min présente dans l’entrée du Granit).

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En entrant dans la galerie sur le mur de gauche nous découvrons trois dessins qui reprennent la graphie d’une messagerie instantanée. The Factory, 2017, dessin et peinture, est une première étape de travail qui donne forme à la correspondance entre Paul Heintz et Wang Shiping, un peintre copiste de Dafen. Ici sont rassemblé trois échanges par messagerie instantanée, les peintures et dessins envoyés entre la France et la Chine pour poser la question de l’imaginaire, de l’art et de la copie dans un contexte de production mondialisé, celui de la réplique de tableaux à l’échelle industrielle. Dafen est située dans la banlieue de Shenzhen, en Chine. Cette petite ville est réputée pour son industrie un peu particulière : celle de la réplique faite main de tableaux. Dans le Dafen Oil Painting Village, quelques 8 000 artistes copistes (des peintres pour la plupart), à travers divers ateliers ou entreprises, produisent à la chaîne jusqu’à cinq millions de tableaux par an.

Une sélection de trois vidéos de Paul Heintz est présentée dans la galerie du 16 septembre au 31 octobre 2017:

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La café et la télévision, 2014, vidéo, son, 9’, coutesy de l’artiste.

Une femme et un homme impliqués dans un environnement domestique s’adonnent à des activités toutes prosaïques : tandis que l’une s’affaire à la cuisine, l’autre regarde la télévision, mais, dans le temps long de ces scènes a priori banales, surviennent quelques éléments perturbateurs puisque la cafetière ne termine jamais son cycle, interrompu par un geste absurde – le café qui a coulé servant à remplir le réservoir d’eau pour un prochain café, alors qu’au salon, pendant ce temps, le téléviseur omnipotent semble régir l’attention de l’individu.

Blagueurs anonymes, 2014, performance vidéo,son, 20’, et objet livre, courtesy de l’artiste.
Le DSM est un guide de psychiatrie surtout utilisé aux États-Unis dans lequel sont classés les troubles et pathologies mentales. A chaque réédition de ce manuel s’ajoute de nouvelles pathologies. Allant jusqu’à caractériser la désobéissance, l’hostilité et la provocation comme un comportement déviant sous le nom de « trouble oppositionnel avec provocation ». Jusqu’où peut aller cette catégorisation de la folie ? La performance Blagueurs Anonymes nous propose d’imaginer un monde dans lequel la blague serait un trouble.
Elle fût filmé le 23 mars 2014. Les participants à la réunion étaient Agathe Chikitou, Alice Meiringer, Julien Villacampa, Thor Schenker et Jean-Brice Sénégas.

D’habitude c’est plutôt avec les Claude François qu’on a des problèmes, 2014, vidéo, son, 4’, et objets couteaux, coutesy de l’artiste.
La vidéo D’habitude c’est plutôt avec les Claude François qu’on a des problèmes reconstitue l’incroyable fait divers survenu à Epinal en juillet 2011 : dans un lotissement tranquille, un sosie de Johnny Halliday se fait poignarder par son ennemi juré, le sosie de Serge Gainsbourg.
« Le show-biz est un univers impitoyable » commentait Le Figaro avec un brin d’ironie, à l’été 2013 au moment du procès. Expression d’une vanité toute contemporaine, cette affaire témoigne de la folie humaine tandis que le travelling de la vidéo, déjà engagé dans un défilement du temps, oblige à l’amnésie.

Du 16 octobre au 6 novembre 2017, dans le cadre de la programmation vidéo de la petite salle de la galerie du Granit, y sera également présenté Non contractuel, un film de Paul Heitz réalisé en 2015 au sein du Fresnoy, studio national des arts contemporain de Tourcoing.
Un film dans lequel des personnes sans emploi font semblant qu’ils travaillent. Autodis est une entreprise virtuelle de vente de voiture avec des employés en chair et en os. Une entreprise à but pédagogique où des chômeurs de longue durée viennent passer du temps. Il y a des réunions, des horaires, des documents et des objectifs. Mais tout est simulé, le salaire n’est pas réel et les voitures n’existent pas. Un portrait ironique du travail, des conditions de travail et de la société.

Paul Heintz

Suite à des études à l’École Nationale Supérieures d’Arts de Nancy, il poursuit sa formation artistique aux Arts Décoratifs de Paris dont il sort diplômé en juin 2014. Depuis il développe son travail artistique entre Paris et Tourcoing, où soutenu par Le Fresnoy studio national des arts contemporains, il a développé un film documentaire expérimental Non contractuel (2015, présenté dans la petite salle du Granit). Dans sa pratique artistique, il utilise différents médiums pour penser les rapports entre le langage et l’autorité ou la norme. Il s’intéresse souvent à la mise en danger du langage, avec des projets qui mettent en exergue la manière dont l’autorité et le pouvoir s’imposent, la façon dont des sujets résistent par le langage ou l’action. Que ce soit par la création d’objet, de vidéo, d’édition ou de dessins, ses projets ont toujours vocations à mettre en scène et produire de nouvelles situations, des situations au premier abord communes dans lesquels l’absurde s’immisce et nous permet de penser.

http://paulheintz.fr/

http://mariannevilliere.net/

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